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Focus sur le parcours d'un Inseecois - Nathalie Le Gloahec (promo 1991)

Focus sur le parcours d'un Inseecois

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03/11/2020

Nathalie LE GLOAHEC (Inseec Bordeaux - Promo 1991) 

De l’or noir à l’or noir 


Le diplôme en poche en juin 91, je suis partie travailler à Paris dans le monde du trading pétrolier français. J’ai d’abord travaillé pour CEPSA, raffineur espagnol, où j’ai beaucoup appris et où j’ai rencontré les acteurs de ce microcosme. Puis j’ai subi un licenciement économique – ce qui peut paraître folklorique dans le monde du pétrole - car CEPSA a décidé d’arrêter ses activités sur le sol français. 

Un DRH d’Elf Aquitaine est venu me proposer de travailler pour eux dans la salle des marchés de la tour de la Défense, mon rêve à l’époque. J’ai assez vite déchanté car c’était une trop grosse structure pour moi. Je préférais passer des ordres en direct sur la bourse de Londres comme je le faisais chez CEPSA. Chez ELF il y avait un service pour tout évidemment donc pas question de gérer de la logistique, du trading et de la distribution avec une seule personne. 

Alors, quand REPSOL, autre raffineur espagnol, a décidé de se frotter au marché français ils m’ont demandé de créer le service logistique pour approvisionner le Sud-Ouest au départ de l’Espagne. Impossible de refuser ce beau projet. J’ai donc quitté Elf. 

Durant toutes ces années, j’affrétais des pétroliers pour acheminer les carburants en cabotage, je gérais des dépôts de stockage, je commandais des passages dans les pipelines, je gérais les stocks de gasoil et d’essences. Bref, je m’amusais avec les Incoterms et la logistique pétrolière sur toute la France. 

Puis le directeur de la division pétrole de la centrale d’achats des Centres E. Leclerc – la SIPLEC - est venu me proposer de travailler pour eux. Mon défi était d’organiser la logistique pétrolière sur tout le territoire français car le département pétrole s’était développé très rapidement. Puis une fois ce défi relevé j’ai eu le bonheur de passer en front-line et donc d’acheter des carburants pour approvisionner les stations-services des Centres à travers la France. Au bout de 2 ans je gérais la moitié du CA soit près d’un milliard d’euros. J’achetais, je vendais, je réseautais évidemment pour avoir toujours les meilleures informations, je suivais la géopolitique internationale car tout a une incidence sur les cours de bourse du pétrole et des devises. C’était grisant et passionnant. Bien évidemment, les femmes étaient très peu représentées dans ce milieu voire pas du tout. J’étais la seule à avoir ce travail et la plus jeune. 

Après la découverte d’un écart de salaire ‘déraisonnable’ entre mon collègue et moi, la confiance qui nous liait et qui me faisait aimer mon métier a disparu. Tout est basé sur la confiance dans le monde du trading pétrolier car un deal est fait par téléphone et engage des dizaines de millions de dollars. Alors quand dans son propre bureau nous n’arrivons pas à être transparents sur les salaires alors que nous brassons de l’argent toute la journée, il m’a semblé que je n’avais plus ma place à Paris.

J’ai démissionné et tout quitté pour partir … en Polynésie. Je disais qu’un jour je partirai là-bas pour plonger et vivre face au lagon. Personne ne me croyait évidemment. C’est vrai pour faire quoi ? 

A ce moment-là on ne parlait pas de burn-out professionnel mais j’ai eu vraiment besoin de partir loin pour me reposer et me ressourcer à 30 ans seulement. Une fois partie j’ai réalisé que j’avais surmonté une pression incroyable exercée par les marchés boursiers de Londres et Paris puis par le milieu économique et enfin par le fait d’être une femme et de devoir justifier de ma légitimité dans ce monde des carburants. 

J’ai donc vécu quelques mois face au lagon et surtout dans l’océan pour plonger et découvrir le Pacifique. Puis d’un projet qui devait durer une année cela s’est transformé en 11 années incroyables. En résumé, la plongée bouteille m’a fait découvrir l’archipel des Tuamotu là où on ne trouve que des atolls. C’est aussi le berceau de la perliculture. Je suis tombée dedans sans plus jamais en sortir vraiment. J’ai commencé par faire visiter une ferme perlière à des américains sur l’atoll de Manihi. Puis j’ai appris les bases du métier sur une autre ferme puis à Tahiti auprès des ingénieurs du service de la mer. Le hasard de la vie m’a fait rencontrer un homme, propriétaire d’un motu (îlot) et détenteur d’une concession maritime pour cultiver des huîtres perlières. Je suis partie avec lui monter une ferme perlière sur l’atoll voisin de Manihi, à Ahe en 2000, il y a 20 ans. 

Il n’y avait strictement rien sur le motu où nous habitions à part des cocotiers et du sable rose. En revanche, la vue était sublime avec d’un côté le lagon et de l’autre l’Océan Pacifique. Nous étions quasiment seuls au monde et à 500 km de Tahiti. Il a fallu construire une ‘maison’ avec un toit et des gouttières pour récupérer l’eau de pluie. Nous vivions sans eau, sans électricité, ni téléphone. Il a fallu s’adapter et tout créer à terre et sous l’eau dans la concession maritime. Une ferme perlière est donc née où nous avons cultivé des huîtres pour les faire greffer et récolter des perles. 

Parallèlement nous avons eu une petite fille. 

La vie étant pleine de rebondissements j’ai dû quitter les Tuamotu et aller habiter à Moorea, l’île sœur de Tahiti avec notre fille. J’ai travaillé à nouveau dans des bureaux avec des collègues (ce qui était dingue après des années à deux et dehors en pleine nature). D’abord, pour l’INSEE de Tahiti où j’étais conjoncturiste. J’écrivais le bulletin de conjoncture économique territorial. J’ai ainsi pu refaire tout un réseau et rencontrer les acteurs de l’économie polynésienne. J’ai travaillé également pour une entreprise d’affichage numérique grand format mais tout cela ne me convenait plus. 

J’avais goûté à l’indépendance de monter un projet entrepreneurial avec la ferme alors je me suis lancée dans un nouveau défi : créer une entreprise à Tahiti et venir vendre en métropole des perles de culture. Je l’ai fait pendant 5 ans. Je venais deux fois par an avec ma fille qui découvrait ainsi une autre école pendant quelques mois et ça marchait très bien. 

En 2010, j’ai décidé de revenir poser mes valises dans le Finistère sur mes terres natales. Tout au bout du bout de la France j’ai créé une nouvelle entreprise. Je continue à monter des bijoux avec les perles de culture de Tahiti et à faire la promotion de cette seule gemme française à travers une boutique en ligne www.operlesduparadis.com. Je vends en France et à travers le monde. Mes client.e.s découvrent les explications sur la perliculture sur le site et apprennent ainsi comment est née la perle qu’ils portent. C’est un vrai plaisir de pouvoir informer ! 

Pendant les deux dernières années, j’ai également travaillé pour l’association Entreprendre Au Féminin Bretagne – EAFB - au poste de déléguée générale. La mission de l’association et de son équipe de 12 salariées est d’accompagner les femmes vers l’entrepreneuriat en assurant une formation qui va les aider à faire émerger et consolider leur projet entrepreneurial. C’est un organisme de formation qui accompagne 160 femmes par an et un réseau économique de près de 600 cheffes d’entreprises. 

Je suis revenue à 100% vers le développement de mon entreprise. De nouveaux projets sont en cours de construction évidemment car je suis la seule experte de la perle de culture de Tahiti à avoir cette expérience en France. Et j’ai la chance de vivre de ma passion. Alors des projets de conférences, de création d’une nouvelle entreprise dans la formation et peut-être d’un tour du monde de la perle - si la situation sanitaire mondiale le permet - sont à l’étude. 

L’INSEEC mène à tout et permet de croire que tout est possible. D’avoir étudié toutes sortes de matières et d’avoir rencontré tant de personnes différentes exerçant des métiers si divers est une chance et surtout une clé qui m’a permis de ne jamais avoir peur d’ouvrir des portes. 


« Qui veut faire quelque chose trouve un moyen, qui ne veut rien faire trouve une excuse." Proverbe arabe 


Nathalie LE GLOAHEC (Promotion 1991 - INSEEC Bordeaux)

CONTACT : info@adi-inseec.com

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